La Silver économie peut-elle aggraver l’âgisme ?

 

Le sujet de cette chronique met venue en lisant plusieurs études sur le thème des salariés Seniors et notamment celles concernant le taux d’emploi des plus de 55 ans dans les différents pays européens, mais aussi au Canada et aux USA.

Par Frédéric Serrière

En lisant ces études, il est possible d’arriver à la conclusion que les pays qui connaissent le plus fort taux de chômage chez les jeunes et le plus fort taux de chômage chez les Seniors sont ceux qui ont – justement – mis en place le plus de politiques spécifiques pour les jeunes et les Seniors.

 

Autrement dit, développer les programmes spécifiques pour les salariés Seniors aurait tendance à focaliser l’attention de la Société sur l’âge et non plus vraiment sur les compétences ou les bénéfices que peut apporter un salarié plus âgé. Ainsi, en focalisant notre attention sur l’âge, nous avons agraverions l’âgisme : “attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées”.

 

Se focaliser sur les âges aggraverait l’âgisme.

 

Par contre, dans les pays comme le nord de l’Europe ou dans les pays anglo-saxons où l’accent est davantage mis sur les compétences, le taux de chômage des salariés Seniors est plus faible. Nous n’allons pas en conclure, que dans ces pays, c’est la “panacée” et qu’il n’existe pas de difficultés pour les salariés âgés. Nous disons simplement que le taux de chômage en France des salariés Seniors est plus élevé.

 

De la même manière, lorsque l’on développe des labels spécifiques pour les Seniors, qui sont basés sur leur identité de Seniors ou sur l’âge, les entreprises et les administrations qui les mettent en place, accentuent la focalisation de notre attention sur l’âge et donc participent indirectement au développement de l’âgisme, si on suit la logique développée plus haut.

 

Il en est de même, pour les villes, qui dans le monde développent des programmes spécifiques pour les plus âgés et utilisent des communications spécifiques tels que des labels Seniors, des programmes Seniors, des réductions pour les Seniors ou des services pour les Seniors. Toutes ces opérations partent, bien sûr, d’une bonne intention, mais présentent le risque d’un effet secondaire indésirable : le développement de l’âgisme.

 

D’autant plus que la plupart de ces programmes ne donnent pas vraiment une image très dynamique et moderne des personnes âgées, mais au contraire montrent souvent, des actions et des initiatives pour pallier la fragilité ou les déficiences chez les personnes âgées. Il est bien sûr très important de répondre à ces besoins spécifiques des personnes âgées, mais en le faisant directement avec des politiques sur l’âge très visibles de l’ensemble des générations, c’est focaliser, une fois de plus, notre attention sur le critère de l’âge.

 

Autant, il est possible de focaliser son attention sur l’expérience acquise au fur et à mesure de son travail et non de se focaliser uniquement sur l’âge, autant, il est possible de développer des programmes de soutien aux personnes âgées qui soient beaucoup plus modernes non axés sur l’âge.

 

C’est le pari qu’a pris aux USA, l’AARP qui est passée de l’association des “personnes retraitées” (dans la signification de ces deux dernières lettres ‘RP’) à l’association américaine des Real Possibilities. Autrement dit, on passe d’un axe de l’âge à un axe de “possibilité” de faire les choses et de pouvoir continuer à vivre le plus normalement possible en vieillissant.

 

Lorsqu’une ville se déclare spécialiste des Seniors ou “ville pour les Seniors”, ici aussi cela peut partir d’une bonne intention et d’ailleurs, peut-être, d’intégrer un réseau international de villes qui s’intéressent aux personnes âgées, mais cela risque d’avoir pour conséquence, sur le moyen terme, d’accentuer encore notre focalisation sur l’âge et sur les déficiences liées à l’âge et ainsi d’augmenter l’âgisme.

 

On peut même dire que parler de Silver économie régulièrement dans les médias, c’est encore focaliser l’attention de nos concitoyens et de la Société sur l’âge. Donc indirectement, même si ce n’est pas l’objectif, d’arriver au résultat inverse : augmenter l’âgisme et la séparation entre les différents groupes d’âge dans la Société.

 

Je ne parle pas, bien sûr, de conflit entre les générations (qui n’est pas un sujet à mon sens), mais je parle bien de segmentation de la population en strates d’âge.

 

Je me souviens une campagne de communication que nous avions élaboré pour une province du Canada dans laquelle nous pouvions voir des personnes de toutes les générations expliquer ce chacune d’elles pouvait apporter aux autres générations.

 

Je me souviens également d’une campagne de communication en France vers 2005 avec  des Seniors dire aux jeunes “ je vous prends à la Game Boy quand vous voulez”. Or la société, en tout cas je le pense, ne demande pas aux Seniors d’être meilleurs que les jeunes à la GameBoy, mais simplement de participer à la Société comme tout un chacun.

 

La solution, j’en conviendrais, n’est pas facile. D’un côté, nous devons parler de Silver économie pour développer ce segment d’activités qui va permettre de mieux s’occuper d’une population vieillissante et cela sera de plus en plus nécessaire dans les prochaines années.

 

Et de l’autre, une telle démarche pourrait aboutir à un effet inverse : celui d’accentuer l’âgisme dans notre Société.

 

Ainsi, nous pourrions avoir des services beaucoup plus développés pour les personnes âgées dans les prochaines années, mais avoir ces mêmes personnes âgées, quelque part, encore plus discriminées ou, en tout cas, encore plus perçues comme des personnes d’un âge âgé.

 

En attendant, la plupart des pays va continuer de développer des produits, des services, mais aussi des actions et des politiques spécifiquement dédiés aux personnes âgées et surtout basées sur un critère qui est dans la plupart des cas liées directement ou indirectement à l’âge. Avec le risque, d’augmenter l’âgisme dans la Société.