Silver Économie : activer la décision de la famille

Silver Économie activer la décision de la famille

Silver Économie : la famille peut accélérer ou bloquer la décision

Dans la Silver Économie, on parle souvent du senior comme s’il était le seul décideur.

C’est une erreur.

Dans beaucoup de situations, la décision ne se prend pas seule. Elle se construit dans un système familial : enfants, conjoint, frères et sœurs, proches aidants, parfois prescripteurs médicaux ou sociaux.

Une offre peut donc être pertinente, utile, bien conçue, financièrement accessible… et pourtant ne pas être achetée.

Non pas parce que le besoin n’existe pas.

Mais parce que la décision n’a pas réussi à franchir le système familial.

C’est un point central du modèle STS : le marché des seniors n’est pas seulement un marché de besoins. C’est un marché de décisions. Et dans de nombreux cas, cette décision est familiale, sensible, ambivalente et parfois conflictuelle.

Le vrai client n’est pas toujours celui qu’on croit

Une entreprise peut croire qu’elle vend une solution à une personne âgée.

En réalité, elle vend souvent une décision à plusieurs personnes.

Prenons quelques exemples.

Une solution de téléassistance ne concerne pas seulement la personne équipée. Elle concerne aussi l’enfant qui s’inquiète, le conjoint qui minimise, le proche aidant qui culpabilise, la famille qui discute du coût.

Une adaptation du logement ne concerne pas seulement la sécurité de la personne. Elle touche aussi à son image d’autonomie, au regard des enfants, au budget familial et à la manière dont on reconnaît — ou non — que la situation change.

Une aide à domicile ne concerne pas seulement un service rendu. Elle peut être vécue comme un soulagement, mais aussi comme l’entrée d’un tiers dans l’intimité, voire comme le signe que la famille “ne fait plus assez”.

C’est pourquoi les décisions dans la Silver Économie sont rarement de simples décisions d’achat.

Elles sont aussi des décisions identitaires, familiales et émotionnelles.

La famille n’est pas seulement un prescripteur

Beaucoup d’entreprises considèrent la famille comme un relais commercial.

Elles pensent :

“Les enfants vont convaincre leurs parents.”

Parfois, c’est vrai.

Mais cette vision est trop simpliste.

La famille peut pousser la décision.
Elle peut aussi l’éviter.
Elle peut décider à la place.
Elle peut refuser.
Elle peut bloquer.
Elle peut culpabiliser.
Elle peut ne pas oser parler du sujet.

Dans les marchés seniors, la famille n’est donc pas simplement “autour” de la décision. Elle est souvent dans la décision.

Et selon sa position, elle n’a pas les mêmes besoins, les mêmes freins ni les mêmes attentes.

C’est là que le Modèle STS devient utile en distinguant quatre figures familiales : Franck 1, Franck 2, Franck 3 et Franck 4.

Ces quatre Franck ne sont pas des personas au sens classique. Ce sont des positions décisionnelles dans la famille.

Franck 1 : celui qui veut convaincre ses parents, mais n’y arrive pas

Franck 1 est déjà convaincu.

Il pense que ses parents devraient acheter une solution de la Silver Économie : téléassistance, adaptation du logement, aide à domicile, résidence services, assurance, accompagnement santé, solution de mobilité ou service de prévention.

Il voit le risque.
Il voit l’intérêt de la solution.
Il aimerait que ses parents agissent.
Mais ses parents refusent.

Franck 2 : celui qui décide pour ses parents

Franck 2 occupe une autre position.

Il est mandaté, explicitement ou implicitement, pour décider.

Ses parents lui ont peut-être dit :

“Occupe-toi de ça.”

Ou alors la situation l’a placé dans ce rôle : problème de santé, fatigue, perte d’autonomie, difficulté administrative, éloignement géographique, urgence familiale.

Franck 2 compare les solutions.
Il cherche des informations.
Il demande des devis.
Il arbitre.
Il choisit.

Franck 3 : celui qui n’ose pas parler du sujet

Franck 3 est probablement l’une des figures les plus importantes du marché réfractaire.

Il voit peut-être le besoin.
Il sent que quelque chose devrait être fait.
Il sait qu’il faudrait aborder le sujet.

Mais il n’ose pas.

Il a peur de blesser ses parents.
Il craint qu’ils se sentent diminués.
Il redoute une réaction de rejet.
Il ne veut pas donner l’impression de les pousser vers la vieillesse, la fragilité ou la dépendance.

Franck 4 : la famille qui refuse l’achat

Franck 4 représente une autre forme de blocage : l’opposition familiale.

Ici, ce ne sont pas forcément les parents qui refusent. Ce peut être un enfant, un conjoint, une fratrie ou une partie de la famille.

Le parent peut être ouvert.
Un enfant peut être convaincu.
Mais un autre membre de la famille bloque.

Quatre Franck, quatre obstacles décisionnels

Ces quatre positions montrent une chose essentielle : dans la Silver Économie, la famille ne joue pas un seul rôle.

Elle peut être :

  • un relais qui n’arrive pas à convaincre ;
  • un décideur qui porte la responsabilité du choix ;
  • un proche qui évite la conversation ;
  • un opposant qui bloque l’achat.

Cela change profondément la manière de concevoir le marketing, la communication et la vente.

Car chaque Franck demande une réponse différente.

Le piège des entreprises : produire de l’information au lieu d’aider à décider

Face à ces situations, beaucoup d’entreprises répondent par plus d’information.

Elles ajoutent des pages de description.
Elles détaillent les fonctionnalités.
Elles multiplient les arguments rationnels.
Elles insistent sur la sécurité, la simplicité, le confort, le maintien à domicile.

Tout cela peut être utile.

Mais ce n’est pas suffisant.

Le modèle STS : passer du besoin à la décision

Le modèle STS invite à déplacer le regard.

La question n’est pas seulement :

“Quel besoin adressons-nous ?”

Mais :

“Quelle décision demandons-nous réellement à la personne et à sa famille de prendre ?”

Et surtout :

“Qui peut accélérer, éviter, porter ou bloquer cette décision ?”

Dans les marchés seniors, cette question est déterminante.

Une offre peut répondre à un besoin objectif, mais rester non décidable.

Elle peut être utile, mais trop stigmatisante.
Elle peut être rassurante, mais mal formulée.
Elle peut être nécessaire, mais trop difficile à aborder.
Elle peut être pertinente, mais bloquée par un membre de la famille.
Elle peut être acceptée par un enfant, mais refusée par le parent.
Elle peut être acceptée par le parent, mais contestée par la fratrie.

Le marché ne se joue donc pas seulement dans la valeur de l’offre.

Il se joue dans la capacité de l’offre à franchir les différentes positions décisionnelles.