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Les cadres seniors : richesse ou poids pour l’entreprise

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Par Patrice FALK, Co-dirigeant de la Société LES PERFORMEURS

Par Christine BISCH, Déléguée Rhône pour l’Institut du Temps Géré (ITG)

 

Nous remercions Patrice FALK et Christine BISCH qui ont animé un déjeuner-débat à Lyon sur le sujet de nous avoir remis le texte suivant qui reprend les grandes lignes de leur intervention.
Patrice FALK et Christine BISCH accompagnent la formation et le changement des seniors et des organisations. Ils contribuent à insuffler d’autres rapports aux seniors dans les entreprises : le premier, plutôt via le transfert de compétences, le tutorat, l’utilisation de la diversité des âges comme source de créativité et d’équilibre en interne, la seconde, plutôt en valorisant l’autonomie professionnelle choisie, le marketing du conseil et l’utilisation des nouvelles formes d’emploi (le portage salarial, en particulier) pour apporter un coup de pouce aux entreprises. Ils témoignent de déclics qui peuvent faire bouger les mentalités, les représentations et apporter une réelle valeur ajoutée dans les entreprises, voire les pérenniser…


Comment l’entreprise peut-elle mieux refléter, intégrer notre société en termes de ressources humaines et utiliser la diversité des âges comme source de créativité et d’équilibre ?

Savoir-faire, savoir-être, expérience, motivation, vision, médiation, mémoire de l’entreprise…. La France a pris beaucoup de retard pour reconnaître la valeur ajoutée des seniors, l’importance de la considération et de la formation à leur donner pour mieux utiliser leurs compétences et servir les entreprises, par exemple en tant qu’intervenants ponctuels dans de nouvelles fonctions ou de nouvelles formes d’emploi souples et motivantes.

Les initiatives ne manquent pas, mais les mentalités et les représentations ont la vie dure. Il suffit pourtant parfois d’un déclic pour les faire changer…

La France fait face actuellement à des doubles contraintes problématiques :

- l’écart croissant entre l’âge de la retraite et l’espérance de vie,
- le vieillissement des générations du baby boom et l’image d’inutilité des seniors,
- la perte de connaissances dans les entreprises et la volonté de rajeunir « la » pyramide…
- les difficultés de recrutement et le manque de cohésion intergénérationnelle…
- l’apologie du senior consommateur et le besoin croissant de sens de la vie…

Le monde du travail se désintéresse des seniors qui sont souvent jugés peu motivés, fragiles en matière de santé, difficilement adaptables, non rentables,… ( les études montrent pourtant exactement le contraire !), les incitant à se réfugier vers la retraite – vacance – oisiveté – consommation, … alors qu’ils pourraient enfin choisir la liberté, réaliser leurs rêves, satisfaire leurs valeurs, faire bénéficier la société de leur expérience, leur rythme serein, leur recul, leurs talents, leur sagesse, leurs capacités de médiation...

Résultat : les lobbys seniors se développent, alors qu’une implication intergénérationnelle serait tellement plus opérante pour tous !

Dès 45 ans, on est considéré comme senior !

Parmi les seniors actifs,
- 10% sont « florissants » (valorisés, compétents)
- 25% « rebondissent » en dehors du travail

Parmi les seniors passifs :
- 40% sont des « attentistes », intégrés mais démotivés
- 25% sont « dépassés  », « dévalorisés ».
(Chiffres en pourcentage du nombre total de seniors)
L’enjeu se concentre sur les « attentistes » et les « rebondissants », en mal de reconnaissance : 65%.

D’après le baromètre Axa de la retraite (mars 2007), les Français sont prêts à travailler jusqu’à 62,5 ans (bien que les actifs rêvent d’une retraite à 55 ans...). En 2007, on épargne dès 31 ans (40 ans pour les préretraités). 83% des Français associent la retraite à une baisse du pouvoir d’achat (80% en 2006). 78% estiment que c’est l’Etat qui doit combler ce manque. 63% estiment que l’avenir des retraites est aussi une question de responsabilité individuelle.

Dans ce contexte, il devient urgent de faire changer les mentalités, aussi bien chez les chefs d’entreprise et les cadres chargés de recrutement que chez les seniors eux-mêmes, souvent victimes de leur image… Si l’on en croit les résultats des enquêtes du National Council on Aging (Canada) ou de la Cegos (France 2007), les seniors, en réalité, sont moins absents, tout aussi productifs et adaptables, plus sérieux, plus souples, plus disponibles, plus stables émotionnellement, plus compétents, mieux organisés, plus proches de la clientèle que les générations suivantes… Les employeurs commencent à s’en rendre compte et à considérer le choc démographique comme une opportunité, prenant enfin des initiatives pour formaliser les compétences clés (71% d’intentions annoncées), fidéliser les meilleurs potentiels (50%) et même recruter des plus de 50 ans (72%).

Les exemples à l’international ne manquent pas :

- l’approche globale en Europe du Nord, tournée avant tout vers l’attractivité du travail ou de l’emploi, l’allègement des contraintes en fin de carrière, la formation tout au long de la vie, la responsabilisation des entreprises et de tous,
- le New Deal 50+ au Royaume Uni qui concilie flexibilité et équité sociale, avec des services de l’emploi modernisés,
- les espaces transitionnels japonais et la fluidité des transferts de savoirs…
- les « bridge jobs » américains et la valorisation de la vie professionnelle comme moyen d’épanouissement…
- le mentorat et le renforcement des liens intergénérationnels au Québec…

En France, le plan d’action pour l’emploi des seniors devrait permettre d’accélérer le changement déjà amorcé pour sensibiliser tous les acteurs, favoriser le recrutement des plus de 50 ans, anticiper les besoins, valoriser les compétences, enrichir les pratiques de transfert de savoir-faire, aménager les fins de carrière, développer les nouvelles formes d’emploi, le tutorat, les transitions souples… Il reste à le mettre en place dans les entreprises et les organisations avec l’esprit le plus ouvert et le plus constructif possible !

La formation constitue un investissement et non une charge pour l’entreprise, à tout âge.
Le senior peut devenir un « passeur », comme le dit joliment Jean-François Lambert, un entrepreneur économique ou citoyen, un médiateur, un accompagnateur, un tuteur, un mentor, un écrivain, un producteur d’intelligence collective, un formateur, un animateur, un inventeur de développements nouveaux, une mémoire de l’entreprise, un créateur de sens…
La « seniorescence » est « générativité »…Elle peut introduire une logique de paix…

En choisissant l’autonomie professionnelle, le senior peut se positionner en « offreur de services » à forte valeur ajoutée, compte tenu de son expérience, via une coopérative d’activité ou une entreprise de portage salarial, par exemple. Il se focalise sur son cœur de compétence en bénéficiant de la « flexsécurité » à la scandinave, gère son activité sans les inconvénients du libéral, peut continuer à innover, à créer, à se former et à participer à divers réseaux de consultants…


I - Quelques grands principes sont à respecter pour gérer les compétences de l’entreprise,

La priorité consiste à susciter une prise de conscience de l’équipe dirigeante sur les enjeux du vieillissement de l’entreprise, à opérer un mouvement, de l’approche « traditionnelle », centrée sur les questions de la retraite et de la gestion des seniors dans l’entreprise, vers une politique réellement adaptée à l’enjeu de l’emploi des seniors. C’est une révolution culturelle à laquelle les entreprises vont de moins en moins échapper :
François Fillon a annoncé un durcissement des mesures pour les entreprises qui ne garderaient pas leurs salariés jusqu’à la retraite, avec la promesse d’augmenter fortement les cotisations retraites pour financer la retraite des français.
Au-delà d’une responsabilité sociale de plus en plus forte, l’enjeu est de transmettre le savoir et les compétences…
Grâce à l’analyse de la pyramide des âges dans l’entreprise, on peut, service par service, établir une projection à court et moyen terme des conséquences des pertes de compétences et repérer les catégories de seniors qui intéressent le plus l’entreprise et vont permettre d’anticiper sur les évolutions à venir au niveau des métiers, de l’organisation, de la culture et du management.


II - Comment maintenir l’implication et la motivation chez les seniors ?

Inclure les + de 50 ans dans la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), pour orienter au mieux une vie professionnelle qui va durer plusieurs années.
Promouvoir la mobilité horizontale et les nouveaux défis pour développer la motivation, l’implication, l’épanouissement professionnel.

Favoriser les passerelles entre les différentes entreprises, quelle que soit leur dimension, qu’elles soient issues du domaine privé ou du domaine public…
Créer des pôles de compétences transversaux à l’intérieur de l’entreprise
Mener une politique de formation efficace et ambitieuse pour les + de 45 ans
Envisager régulièrement des bilans de carrière et de compétences,
Encourager la validation des acquis de l’expérience (VAE)
Développer le partage des savoirs pour accélérer l’apprentissage des jeunes (tutorat, mentorat )
Rechercher des compétences extérieures (recrutement)
Associer le personnel à l’innovation sociale de l’entreprise (accords de progrès)


III - Comment mobiliser les acteurs concernés: managers, DRH, collaborateurs ?

Six grands principes :

1er principe : Ne pas opposer les générations.

Au contraire, il s’agit de renforcer le lien entre les générations au travers des actions destinées à re-motiver les secondes parties de carrière, à favoriser la transmission des savoirs, à gérer les fins de carrière, à encourager la mobilité.
L’équipe de Direction doit raisonner intergénérationnel et permettre la cohésion interne en adaptant les plans d’actions en fonction des différentes tranches d’âges et en soulignant les possibilités d’apports mutuels.

2ème principe: permettre à chaque senior de conduire un projet motivant. 

Les entreprises qui prennent en compte le facteur humain et favorisent l’épanouissement professionnel de leurs salariés stimulent la motivation et améliorent la productivité.

Chaque action RH constitue un projet à la fois collectif et individuel : collectif, parce que la somme des différences que portent les salariés est source de progrès individuel, car chaque salarié doit être acteur de son projet personnel.

Un projet fixe un but qui donne du sens à l’action. Il éveille l’envie de réussir, et suscite un état d’esprit constructif. Ainsi, pour atteindre ses objectifs, le salarié se prend en main, devient proactif : il évalue ses points forts, ses axes de progrès, ses paradigmes et ses comportements afin de les optimiser par rapport à la situation.

3ème principe : Valoriser les compétences.

Reconnaître, c’est prendre acte des capacités du salarié à satisfaire les attentes de l’entreprise. C’est lui prouver son utilité, donc le faire exister. Manifester sa considération déclenche une dynamique gagnant / gagnant entre la direction et le salarié.

4ème principe: Travailler sur les mentalités, changer les représentations

Avoir des a priori sur l’âge, croire qu’il est difficile de faire travailler ensemble des effectifs multi générationnels et multiculturels, penser qu’âge et productivité ne font pas bon ménage, prétendre que le tutorat est la seule activité possible pour les seniors sont autant de clichés et d’idées reçues qu’il faut changer.
RH, managers et salariés doivent apprendre à changer leurs modes de pensée, leurs fonctionnements, leurs représentations pour que l’entreprise évolue et s’adapte.

5ème principe : Aider les salariés à devenir autonomes 

Tirant les leçons du passé, les salariés - les jeunes et trentenaires notamment - adoptent une nouvelle posture vis à vis des entreprises. Ne voulant plus subir, ils prennent l’initiative et ne comptent que sur eux. Encourageons-les à se considérer comme « les  entrepreneurs d’eux mêmes »
Sans aller jusqu'à « consommer » les entreprises en fonction de leurs intérêts, ils recherchent celles capables de satisfaire leurs besoins professionnels et personnels, car ils ont la certitude qu’elles pourront valoriser « leur fonds de commerce ».

En reprenant cette métaphore le sens du message à décliner auprès de chaque tranche d’âge pourrait être :
Pour les jeunes : « on vous donne toutes les chances de constituer votre fonds de commerce »
Pour les trentenaires : « on vous aide à faire progresser votre fonds de commerce »
Pour les quadras : « on vous aide à conforter et enrichir votre fonds de commerce »
Pour les seniors : « la valeur de votre fonds de commerce contribue à enrichir celui de vos cadets ».

Rappelons les principaux traits habituellement soulignés par les études sociologiques :

- Les jeunes mixent opportunisme et pragmatisme. Changements et incertitudes sont leur quotidien.
- Les trentenaires construisent leur carrière et leur famille, ils ont du potentiel, de la maturité et sont les plus convoités.
- Les quadras, contraints de consolider leur carrière (souvent endettés et fortement sollicités dans leur vie familiale), se sentent à la remorque en matière de gratification et de responsabilisation et doutent des modèles économiques et de management qui leur sont proposés. Ils prennent de la distance avec leur entreprise.
- Les seniors sont souvent frustrés et démotivés, devant rester plus longtemps dans l’entreprise, sans que cela relève toujours d’un choix personnel, ou ne pouvant plus entrer dans l’entreprise... Là encore, un changement de perspective peut tout changer…

6ème principe : Établir une autre relation entreprise / salariés, notamment les seniors,

Rétablir la confiance entre management et salariés est nécessaire si l’entreprise veut attirer les jeunes, fidéliser les trentenaires, et rassurer les seniors.
Un nouveau lien relationnel doit se tisser.
Entreprises et salariés partagent le même objectif : « progresser pour durer ».
Ce lien doit se fonder sur une évidence « Chacun a besoin de l’autre ».
Un pacte d’engagement est nécessaire pour restaurer la confiance et prouver la volonté d’engagement (droits et devoirs).

Chaque partie s’engage :

L’entreprise s’engage, vis à vis des salariés,  à les valoriser, les soutenir, les former, à développer du progrès social, à les impliquer dans des projets…

Chaque salarié s’engage vis à vis de l’entreprise à développer son employabilité, à transmettre ses compétences, à être plus autonome. Il s’engage aussi vis à vis de lui-même à satisfaire ses valeurs (exemple, pour le senior : démontrer son utilité, l’envie de partager, d’être une ressource pour les autres…)

Dans ce cadre voici quelques exemples d’actions possibles :

Ces actions sont fondées sur l’écoute et l’implication des salariés. En fonction des objectifs fixés par l’entreprise :
elles privilégient à la fois le travail en collectif pour favoriser les échanges, faire bouger les lignes culturelles
et le travail en individuel pour aider le salarié à clarifier et approfondir son parcours de professionnel.

1) Faire évoluer les mentalités. Exemples :

- ateliers d'échanges (direction + salariés) sur "l'intérêt partagé", permettant de formaliser une nouvelle culture d'entreprise

- élaboration d'une charte multigénérationnelle à faire vivre au quotidien dans l'entreprise

- réflexion de groupe sur le concept "être l'entreprise de soi" pour définir le profil du salarié autonome, proactif... (valeurs, capacités, comportements adaptés aux contextes)

- partage des savoirs : construction d'un référentiel de compétences, formation des tuteurs, échanges sur le sens et la satisfaction client...

2) Clarifier les objectifs des salariés. Exemples :

- coaching individuel pour préparer l'entretien DRH ou accompagner l'évolution après cet entretien, remotiver la deuxième partie de carrière...

- travail de créativité individuelle et/ou en groupe pour préparer la retraite, occasion d'épanouissement, de découverte de nouveaux talents...

- développement personnel pour mieux communiquer, manager, négocier, gérer le stress...


Le débat suivant la conférence a mis en lumière des expériences qui balaient, là encore, les habitudes de pensée...

Contrairement à une idée reçue, les seniors ne « prennent » pas le travail des juniors mais peuvent au contraire contribuer au développement harmonieux de l’économie…

Le travail en groupes de jeunes et seniors mélangés permet de travailler sur différents critères en utilisant les positions de perception pour que chacun s’imagine à la place de l’autre et enrichisse son point de vue…

L'âge n'est pas forcément un critère discriminant et il faut oser se lancer : une senior (ex kiné) témoigne de son recrutement après 41 ans d’exercice libéral (1ère feuille de salaire à 62 ans…).

Certaines entreprises comme Adia cherchent à recruter des seniors, plus stables, plus responsables, pour compenser le turnover des jeunes (34 ans de moyenne d’âge)…

En Finlande, le régime des retraites a été réformé sans un jour de grève. C’est la qualité du travail qui est mise en avant…

Des interfaces sont à développer entre seniors et seniors bénévoles...
« On met parfois les seniors dans des placards, mais ils s’y mettent aussi tout seuls… »
Le senior doit prendre son destin en main... en commençant par son alimentation... Un spécialiste de micro-nutrition conseille de privilégier sa santé pour être bien d’abord dans son corps et pouvoir profiter d’un dynamisme constructif dans sa vie (certains seniors sont le reflet de leurs carences ou de leurs excès)…


Article déjà publié dans la TRIBUNE DE L’ACADI

 

Par Par Patrice FALK et Christine le 23-11-2007

 

 

 
 
 

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