Tous les experts s’accordent pour dire que les conséquences
de ce phénomène seront importantes. Mais les opinions divergent
: certains pensent que l’économie va « s’écrouler
», d’autres estiment au contraire que les gains de productivité
et qu’une croissance économique plus forte vont permettre de payer
les dépenses engendrées par le vieillissement de la population.
Nous n’allons pas passer en revue tous les avis de ces
experts, mais simplement présenter un bref aperçu des principales
composantes du vieillissement global qui constituent de facto un ensemble d’indicateurs
socio-économiques majeurs. Leur compréhension est importante pour
quiconque est en charge de définir les stratégies de développement
d’une entreprise pour les prochaines années. Selon l’OCDE,
en 2001, les dépenses de retraite de ses pays membres représentaient
en moyenne 7,5 % du PIB. Ces dépenses de retraite sont appelées
à augmenter de 3 à 4 points de PIB d’ici 2050. Les gouvernements
pourront combler ces nouveaux besoins de financement avec un ensemble de mesures
qui seront souvent jugées comme impopulaires, mais indispensables. Parmi
ces mesures, citons l’augmentation des cotisations et des taxes, la diminution
des dépenses et des prestations de retraite et de santé, les réductions
d’autres dépenses et investissements publics.
Ces dernières années, l’âge moyen
de départ à la retraite a progressivement diminué. L’âge
ouvrant droit à une pension de régime public est actuellement
fixé, dans la plupart des pays de l’OCDE, à 65 ans. Font
exception la Corée et la France, où l’âge officiel
de la retraite a été fixé à 60 ans, et la Norvège,
où il est de 67 ans. Plusieurs pays, dont la France, ont, dans le passé,
mis en place des systèmes de départ anticipé à la
retraite qui permettent aux travailleurs de prendre leur retraite de deux à
cinq ans avant l’âge normal. Autrement dit, nous vivons de plus
en plus vieux et partons à la retraite de plus en plus jeunes.
Le relèvement de l’âge officiel de départ
à la retraite est une mesure que certains pays ont commencé à
mettre en place. Aux États-Unis, l’âge de la retraite est
67 ans. Au Japon, les salariés prennent leur retraite vers 69 ans. Des
experts préconisent d’allonger encore la durée de cotisation
nécessaire pour toucher une pension pleine. Certains pays ont développé
des mesures pour décourager les départs anticipés à
la retraite.
Il sera en effet difficile d’augmenter l’âge
effectif de départ à la retraite sans remettre en cause les mécanismes
incitatifs qui poussent les salariés à prendre une retraite anticipée
(ou poussent les entreprises à encourager leurs salariés dans
ce sens). De fait, comment peut-on penser cotiser plus de quarante ans, en commençant
à travailler à 25 ans et en étant écarté
des entreprises à l’âge de 55 ans ? La situation n’est
pas prête de s’arranger dans le très court terme pour les
plus de 50 ans. En effet, 60 % des 300 directeurs des ressources humaines interrogés
par la Cegos annoncent vouloir poursuivre leurs pratiques actuelles de retraites
anticipées. Il est d’ailleurs surprenant d’entendre des quinquagénaires
dire aux plus jeunes « Je vous plains, vous n’aurez pas de retraites
», alors que ce sont eux qui sont les premiers concernés !
Du côté des dépenses de santé, le
Credes a publié en mars 2003 les conclusions de son étude dans
le Bulletin d’information en économie de la santé. Il y
a plusieurs scénarios, qui sont fonction de plusieurs paramètres,
notamment la relation entre l’âge et les dépenses de santé,
l’évolution future de la morbidité (autrement dit de l’espérance
de vie), etc. Le Credes est parti d’un scénario dans lequel l’augmentation
de la part des personnes âgées dans la population se traduit par
une augmentation des dépenses médicales par tête. Si l’allongement
de la vie s’accompagne d’une amélioration de l’état
de santé, nous assisterons alors à réduction des dépenses
par tête.
Par contre, si l’amélioration de l’état
de santé est due à un accroissement de l’intensité
des soins, alors l’augmentation de la proportion de personnes âgées
pourrait se traduire par une forte augmentation des dépenses par tête.
Le Credes conclut « que le vieillissement n’augmente pas fatalement
la dépense, par un processus inéluctable, mais est largement affaire
de choix et d’arbitrages sociaux ».
De son côté, l’OCDE conclut dans une étude
récente que les pressions budgétaires résultant du vieillissement
démographique dans les pays de l’OCDE pourraient accroître
d’environ 6 % du PIB les dépenses publiques liées aux personnes
âgées (retraites et soins de santé) d’ici 2050.
Dans notre étude « Les baby-boomers en Europe »,
nous avons pris conscience que la manière dont les gouvernements annonçaient
les réformes des systèmes de retraite pourrait bien avoir un impact
fort sur la consommation des 50-60 ans. Bon nombre d’entre eux assurent
que leur première préoccupation est le niveau de revenus qu’ils
auront pendant leur retraite. La majorité des baby-boomers interrogés
n’avaient pas fait de calculs particuliers. Par contre, ceux qui avaient
simulé leur pension future étaient prêts à réduire
leurs dépenses pour pouvoir économiser davantage. L’avenir
du marché des seniors et de l’économie en général
dépend en grande partie du comportement des baby-boomers dans les années
à venir.
Frédéric Serrière - www.lemarchedesSeniors.com