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Parmi la génération
née en 1800, seul un tiers a dépassé 60 ans, et 6,8 %
seulement ont atteint 80 ans. Parmi la génération née en
1900, plus de la moitié (54 %) étaient encore vivants à
60 ans, et 26 % ont atteint 80 ans. Autrement dit, avoir 60 ans signifiait
au 19e siècle atteindre l’âge de la vieillesse :
ceux qui y parvenaient étaient des « survivants »,
à l’espérance de vie limitée. C’était
déjà plus courant un siècle plus tard et la très
grande majorité des baby-boomers va connaître la soixantaine.
S’agit-il toujours
de vieillesse, quand certains d’entre eux auront encore au moins l’un
de leurs parents à 60 ans ? Si vieillir signifie que l’on
se rapproche de la mort, est-on vieux lorsqu’une génération,
au sens familial du terme, nous en sépare, et que l’on peut espérer
vivre encore de longues années ?
La nouvelle place des sexagénaires
dans l’ordre familial constitue un autre changement majeur. Il était
autrefois exceptionnel qu’un adulte eût déjà des petits-enfants
tout en ayant encore au moins l’un de ses parents ; aujourd’hui,
c’est beaucoup plus courant.
À quel âge est-on considéré comme vieux et à
quel âge se considère-t-on comme vieux ?
Pour répondre à
cette double question, certains définissent l’âge du vieillissement
non plus à partir d’un critère d’âge fixé
une fois pour toutes (souvent en référence à l’âge
légal de la retraite), mais d’une façon « glissante »,
au cours du temps, en tenant compte des données épidémiologiques
objectives : l’âge de la vieillesse est, selon cette définition,
le moment où l’on commence à souffrir de réelles
incapacités.
Mesuré ainsi, l’âge
de la vieillesse n’a jamais cessé de reculer : d’environ
60 ans pour les hommes et 65 ans pour les femmes en 1930, il passe, au début
des années 2000, à 73 ans pour les hommes et 79 ans pour les femmes.
Selon cette définition, la proportion de personnes dites âgées
aurait baissé, passant de 10 % de la population en 1980 à
6,5 % en 2000. Suivant les mêmes calculs, l’âge de la
vieillesse va continuer de progresser pour atteindre 82 ans en moyenne en 2040.
La vieillesse semble, en quelque sorte, s’être déplacée
et ce mouvement est appelé à se poursuivre dans les années
qui viennent.
Quant à la perception
de notre propre vieillissement, les études sur l’âge subjectif
montrent qu’elle évolue sans cesse, qu’en vieillissant les
personnes se sentent plus jeunes. En moyenne, une personne de 60 ans « pense »
ainsi en avoir entre neuf et douze de moins. Ce mouvement s’accélère
au cours du vieillissement pour ralentir aux alentours de 70 ans.
À cet âge,
nous notons une certaine rupture. Nous avons mené une étude début
2005 sur la perception de la vieillesse en posant la question suivante :
« Pour vous, à partir de quel âge peut-on dire qu’une
personne est vieille ? » Les résultats montrent que l’on
situe l’âge de vieillesse non seulement beaucoup plus tard par rapport
aux études précédentes, mais aussi de plus en plus tard
à mesure que l’on vieillit. Une personne est dite vieille à
70 ans pour 23 % des moins de 50 ans. Les plus de 50 ans sont 23 %
à penser qu’on est vieux à partir de 90 ans.
Ces résultats montrent
une dissociation très nette entre l’âge chronologique et
l’âge subjectif. Autrement dit, bien que les effets du vieillissement
soient tangibles, on se construit mentalement une image différente de
son propre vieillissement.